Défi 3 km : réussi!

Posté le 28/10/2018

Au lendemain de mon 3 km, je me suis réveillée un peu courbaturée, mais ô combien fière d’avoir réussi mon défi! Drôlement, ce sont mes bras qui ont été les plus affectés par le trajet parcouru à l’aide de mes béquilles. J’ai eu beau blaguer sur le fait que je n’aurais pas d’ampoules aux pieds, ça n’a pas empêché mes moignons de frotter dans les emboîtures de mes béquilles! Comme un rappel de l’effort apporté, j’ai des ecchymoses sous les bras et deux petites cloques sur l’épiderme de ceux-ci. Mais vraiment rien de terrible. J’ai aussitôt pris conscience que l’importance que j’ai accordée à mon entraînement a été salutaire au défi, mais aussi à la récupération de ce dernier. Je m’attendais à vivre une “crise” de douleur fantôme à mes jambes, et non. 7 jours plus tard, je suis en parfaite forme et encore sur un nuage d’avoir réussi! C’est réellement gratifiant de repousser ses limites. Pourtant, je n’ai jamais pensé avoir l’âme d’une athlète. Bien sûr, j’ai toujours été passionné par les activités de plein air et j’adorais partir à l’aventure avec mon amoureux et nos enfants. Nous aimions gravir des montagnes en nous fiant que sur nos jambes. J’étais à ce moment-là, très loin de m’imaginer qu’un jour, j’allais avoir une tout autre pente à remonter… 

Le proverbe “tranquillement, mais sûrement” a pris tout son sens pour moi. Depuis le mois de juillet, j’ai abordé ce défi à coup de 100 mètres. Sortir de chez moi sans fauteuil et marcher en bordure de route était en soi un bel accomplissement. Puisque je ne pouvais compter que sur moi-même pour revenir, j’ai entrepris de toujours aller un peu plus loin chaque matin. Je me suis d’abord fixée de minis-objectifs. Chaque entrée de cour, chaque poteau d’Hydro ou chaque bouche d’égout sur mon trajet a été un prétexte à me motiver à faire quelques pas de plus.

Mon garçon, Louis-Matis, s’inquiétait de me voir rencontrer une difficulté et a voulu m’accompagner. J’avoue avoir été sécurisé par sa présence et assurément comblé de passer ses moments avec lui. Puis, un matin où il avait mal à une cheville des suites de son précédent entraînement de soccer, je lui ai proposé de me suivre au volant de mon fauteuil électrique. Ça m’a permis de me pousser au maximum de mon énergie sachant que j’avais un “lift” de retour. Quelle ne fut pas notre surprise, autant à Louis qu’à moi, de ne pas en avoir eu de besoin! Je venais alors de compléter mon premier kilomètre!

Et l’école a recommencé, m’enlevant mon partenaire de marche au quotidien. Le 21 octobre était encore trop loin pour que j’arrête de m’entraîner. Les semaines qui ont précédé l’événement, j’ai marché avec une amie tous les mardis, et dans ma cour arrière les autres jours. La pelouse est une surface beaucoup plus énergivore et propice aux chutes. Un matin, je suis même tombée. Ma béquille était restée prise dans le gazon long et mon genou bionique a fléchi. L’autre a suivi. Mon chien a cru que je voulais jouer avec lui et a été si heureux! Jusqu’à ce qu’il ressente ma mauvaise humeur. Je ne m’étais pas fait mal, mais j’étais en colère! Il y avait des années que je n’avais pas chuté! Ma satisfaction a été de remonter seule sur mon fauteuil. Pour enrayer le sentiment d’insécurité, j’ai marché mes quatre tours de cour quand même.

J’ai préféré marcher dans les rues avoisinantes encouragées par mon amie Guylaine, une ultra-marathonienne (rien de moins!). J’avais oublié cette merveilleuse liberté de marcher tout en papotant de nos vies. Quel grand bonheur! Je me sentais affranchie de mon handicap les 30 premières minutes. Puis, la contrainte de mes prothèses me rappelait à l’ordre… mes pieds se désaxaient après 700 mètres et la transpiration annulant la succion nécessaire pour garder mes prothèses en place m’empêchait de continuer au-delà de mon record, soit 1.5 km. J’ai cru que le temps plus frais allait être mon sauveur, jusqu’à ce que j’attrape un sérieux mal de coup. Migraine et torticolis, la névralgie causée par le vent froid sur ma peau ruisselante de sueur m’a obligé à arrêter de marcher la semaine juste avant la course de l’Esprit sain.

J’ai craint de ne pas pouvoir être rétablie à temps. C'était si important pour moi de participer à cet événement organisé par le Jean-Coutu de Nicolet! Pas seulement parce que j’ai eu l’honneur d’être nommé la marraine de la 5e édition, mais parce que je tenais à démontrer que nous sommes plus forts que toutes les difficultés. Que la vie vaut la peine d’être vécue. Que l’être humain sait s’adapter quand on laisse le temps au temps. Les profits de la journée vont au Centre de prévention suicide Accalmie. Inutile de dire que la cause m’a interpellé. Non pas parce que j’ai déjà songé à mettre fin au cauchemar. Ça n’a jamais été une option pour moi. Beaucoup m’ont confié qu’eux, ils auraient souhaité mourir s’ils avaient été dans ma situation. Je voulais démontrer que malgré tout, j’ai une belle vie et même si ce n’est pas toujours facile, je peux continuer d’aimer, d’être aimé, de m’épanouir et de relever des défis!

Finalement, je me suis présentée en pleine forme sur la ligne de départ. J’ai marché, un pas après l’autre. Accompagné de mon amoureux (qui aura poussé un fauteuil vide sur les 3 km), de mon amie et sa fille, ainsi qu’un confrère amputé et sa conjointe, j’ai avancé. Sans trop réaliser où j’en étais dans mon parcours. Seuls les médias qui nous suivaient me donnaient une idée de la distance en ponctuant les entrevues à chaque étape. D’ailleurs, j’ai adoré les voir marcher tous ensemble, tous canaux confondus. La solidarité de tous les participants qui m’encourageaient m’a donné l’énergie de continuer.

Et tout à coup, j’ai entendu la foule qui m'attendait à la ligne d’arrivée. Moi qui ne m’étais pas imposé de réussir à tout prix... Il n’était juste plus question d’arrêter si près du but. Le temps que je réalise que j’arrivais au bout du 3 km, la haie d’honneur venue m’acclamer m’a presque fait pleurer tant c’était émouvant! J’ai retenu mes larmes, car je n’avais qu’une envie : sourire à la vie!

C’est incroyable de vivre ce sentiment du dépassement de soi! Doublé à la fierté d’avoir réussi, j’ai vraiment eu l’impression de participer à aider une importante cause. Sur le chemin du retour, j’ai rencontré de nombreuses personnes qui m’ont félicité, touchées. J’ai été tout aussi ému lorsqu’une d’entre elles m’a confié avoir bénéficié cette année des services de l’organisme Accalmie. Elle était rayonnante et pleine de vie.

le camping sauvage, vécu autrement

Posté le 05/08/2018

Je n’avais jamais eu l’occasion de partir en camping sauvage avec ma famille. En fait, si mes souvenirs sont bons, l’expérience de se réveiller dans une tente remontait à mes dix-sept ans. À cette époque, j’avais choisi la randonnée pédestre parmi les cours d’éducation physique au Cégep. L’activité s’était déroulée au mois de mai et je me souviens avoir eu très froid aux petites heures du matin. La fatigue infligée par les nombreux kilomètres parcourus dans la journée aurait dû m’empêcher d’ouvrir l’œil avant la rosée, mais je n’arrivais plus à trouver le sommeil sans greloter. Avec mon amie et coéquipière, nous étions sortis à l’extérieur de la tente pour que les rayons du soleil puissent nous réchauffer. Malgré tout, j’avais adoré l’aventure et le contact avec la nature. J’étais persuadée qu’un jour, j’allais être une adepte du plein air et revivre chaque été ce bonheur à partager.

La vie a continué et comme pour beaucoup d’entre nous, les priorités du quotidien ont remisé le projet, toujours plus loin. Puis, mes garçons sont nés à tour de rôle. Avec leur papa chéri, nous partions souvent en escapade d’une journée. Un des avantages de demeurer à Trois-Rivières est la proximité de la nature. 

Lors d’une belle journée à rouler en voiture avec nos petits gars, nous nous étions retrouvés au parc National de la Mauricie. Pour moi qui n’étais encore jamais allé, ce fut le coup de foudre. Nous n’avions pas emporté de dîner puisque notre route avait suivi l’itinéraire du hasard. Même si je n’aime pas particulièrement les hot-dog, ceux achetés à la cantine de la place furent les meilleurs que je n’avais jamais mangés ! Après un tour en canot écourté par un orage imminent, nous retournions à la maison le cœur rempli d’extase avec nos petits trésors complètement endormis à l’arrière de la voiture.

Nous y sommes retournés chaque été avec comme projet de se procurer une tente et tout le matériel de camping pour y rester plus d’une journée. Jusqu’à ce jour fatidique où je fus hospitalisée d’urgence. Évidemment, les priorités du présent prirent toute la place. Tranquillement, les difficultés denses se sont évanouies comme la neige au printemps. Puis, le soleil a percé. Et l’occasion s’est présentée. L’oncle à mon amoureux avait jadis eu la chance de s’installer au bord d’un lac. Une opportunité en or, mais qui n’était pas venue sans son lot de travail. Aucune route ne se rend au terrain escarpé. Il faut tout transporter, matériaux de construction, eau et nourriture par la voie navigable. Ils ont d’abord fabriqué un ponton pour traverser le lac et ainsi apporter plus de matériel à la fois. Ils ont dû défricher l’endroit pour être capables d’accoster puis d’installer une tente. En douze ans de boulot, ils se sont bâti un vrai petit coin de paradis. Des gens travaillant et généreux qui nous ont invités à partager ce grand bonheur avec eux.

Le matin de notre départ, au moment de paqueter notre tente et nos victuailles dans la voiture, nous nous sommes butés à la réalité du handicap. Il ne restait aucun espace possible pour y faire entrer mon fauteuil roulant. Devant l’évidence, nous avons mis une croix sur mon moyen de transport et nous sommes partis à la hâte afin de rejoindre nos hôtes qui nous attendaient déjà au point de ralliement. Qu’à cela ne tienne, ce n’était pas ce souci de dernière minute qui allait gâcher nos vacances tant attendues. Cela allait juste les rendre un peu moins reposantes pour mon Alin qui se voyait chargé de me déplacer avec ses bras. C’est beaucoup plus loin sur la route que j’ai réalisé qu’on aurait au moins pu apporter mes béquilles ! Trop avancé sur le trajet, il était trop tard pour rebrousser chemin.

À une heure trente au nord de La Tuque, nous arrivions au stationnement improvisé en même temps que l’orage qui nous talonnait depuis plusieurs kilomètres en illuminant le ciel de ses quelques éclairs. Habitués de prévoir les intempéries grâce à notre grande expérience de soccer en famille, les gars affrontaient la pluie pour planifier la suite. Restée seule dans la voiture, j’anticipais déjà l’effort physique qu’Alin et moi allions devoir fournir pour marcher jusqu’au bord du lac. Et ce n’était pas la pluie battante qui allait nous aider ! J’ai alors fait ce que j’essaie de faire le moins souvent possible ; j’ai prié tout haut pour que celui ou celle qui m’écoute puisse faire cesser la pluie. Je ne suis pas croyante, ni même baptisée à l’Église catholique, mais j’ai parfois une forte envie de croire en quelque chose de plus grand que l’humanité. Que ce soit Dieu, les anges ou Dame nature, quelqu’un m’a entendu (ou nous avons juste eu beaucoup de chances)! Quoi qu’il en soit, à l’instant où je terminais de prononcer la faveur demandée, la pluie cessa presque brutalement… pour laisser place au merveilleux soleil ! C’est donc sous un ciel en train de se dégager et un puissant sentiment de gratitude que nous avons pu traverser le lac, chargé de notre équipement. Déjà, nos yeux étaient comblés par la beauté du paysage et nos oreilles séduites par le clapotis de l’eau.

Une quinzaine de minutes plus tard à naviguer sur le lac soudainement plus calme, nous débarquions sur le quai construit par les maîtres des lieux. Plus haut se trouvait l’espace pour camper. Un quatre-roues avec une remorque attendait les bagages pour les monter. Inutile de dire qu’Alin et moi avons tout de suite visé ce bruyant moyen de locomotion pour me faire franchir la pente ! Je suis restée assise dans la remorque un petit moment après l’ascension, jusqu’à ce qu’on découvre la brouette qui nous sauva la mise tout au long de notre séjour. Tout est en pente là-bas et naturellement, le chemin est parsemé de racines et de roches. Même si on avait apporté fauteuil et béquilles, rien n’aurait été aussi efficace que cette merveilleuse brouette pour passer de la tente à la table à pique-nique, du feu de camp au bord du lac, de la bécosse au hamac ! Bien sûr, pour se faire charrier ainsi, il faut laisser tomber la gêne et savoir en rigoler. Côté autodérision, on peut dire que j’ai amplement fait mes classes ! Débrouillardise et gestes attentionnés de la part de toute la famille, oncle et tante inclus, ont rendu l’aventure des plus agréables.

Dans cet environnement sauvage, je ne peux pas affirmer que ça m’a fait oublier mon handicap, car c’est dur d’être toujours confrontée à la triste réalité d’une quadruple amputation, mais je me suis sentie enveloppée d’amour et surtout, active autant que les autres. Alin m’a tiré d’un espace à l’autre au gré des activités. J’aurais pu faire du sur-place et regarder ma famille s’amuser. Même que je m’y étais préparée mentalement et ça ne me dérangeais pas… juste être là, en plein milieu de la forêt et avec une vue sur le lac, j’aurais su m’en contenter. J’avoue que je suis plus que comblée d’avoir pu participer à tout, de la baignade au tour de ponton, du tir à la carabine à plomb aux guimauves grillées sur les flammes. Manger les meilleurs hot-dogs du monde aux côtés des gens que j’aime. Assister de près aux premières prises de mes enfants d’une pêche abondante. Et être aux premières loges pour le spectaculaire feu d’artifice maison de mon amoureux !

Le soleil ne nous a plus quittés. Même lorsque de petites averses sont tombées, il est toujours resté visible sur le lac. À l’image de notre état d’esprit, le bonheur nous a complètement habités. Même lorsque les petits obstacles cachaient un peu le soleil, le bonheur ne nous a jamais quittés. Cela fait déjà une semaine que nous sommes revenus et nous n’avons qu’une seule envie ; y retourner et rester encore plus longtemps !

Fière ambassadrice de IZBAC

Posté le 28/12/2017

Il y a déjà plusieurs mois, une compagnie française de vêtement sport me contactait pour me demander si je souhaitais me joindre à leur communauté. Bien que j’ai tout de suite apprécié le design très coloré de leurs différentes gammes, sur le coup, je n’ai pas trop saisi comment une quadruple amputée à peine sportive pouvait les aider… puis, j’ai compris. IZBAC signifie “is back”.

1. Venir de nouveau, venir d’une situation à la situation où l’on était auparavant. Revenir chez soi, rentrer, revenir à sa place. Regagner. Revenir plus fort. “Les départs ne comptent pas, seuls les retours méritent une larme.” 2. Renaissance, renouveau. Résilience. Apparaître, se manifester de nouveau. Revenir de blessure, de maladie, d’accident. Revenir à soi, reprendre conscience, revenir à la vie. “La vie nous met parfois à genoux, certains choisissent pourtant de se relever.” 3. Écrire son retour, son histoire, sa propre légende.

Bien plus qu’une simple marque, cette entreprise fondée par deux frères dynamiques et engagés, porte la noble mission de rassembler tous ceux qui sont tombés et décident de se relever. Pour y arriver, ils sont en train de développer deux plates-formes qui viendront s’ajouter à IZBAC.

LIZA : C'est l’abréviation et la contraction de L’IZBAC + Association. LIZA aide des personnes vivant un retour difficile. LIZA identifie des hommes, des femmes, des destins que la vie n’a pas épargnés. LIZA propose son aide qui se voudra variée et sans limites: Achat de produits de premières nécessités, participations aux frais médicaux, achat de prothèse, jusqu’à l’accompagnement total ou partiel à la réalisation des projets les plus fous...

WIB : C'est l'abréviation de Who is back. C’est le nouveau projet d’entraide et de soutien. Encore à l’ébauche, cette plate-forme sociale sera un véritable carrefour d’émotions, un espace dédié qui respirera la bienveillance… Vous pourrez lire, regarder, écouter, apprendre, vibrer et témoigner… Un échange riche construit autour du parcours respectif de chacun, du champion olympique aux champions de tous les jours, personnalités connu/reconnu ou de Mr et Mme Tout le monde. Chaque histoire doit être partagée. D’une simple lecture positive à la véritable rencontre, chacun y trouvera l’énergie nécessaire pour continuer à avancer. Les uns piochent de la force, les autres en donnent...

Voilà où j’interviens!

Lorsque tout sera en place, vous pourrez éventuellement visionner mon témoignage! De plus, ils m’ont demandé d'illustrer leur slogan “Revenir plus fort” afin d’ajouter un tee-shirt à leur collection ARTINS, qui signifie art in sport ! J’ai donc instinctivement repris ma petite fleur que j’avais d’abord dessinée avant même d’obtenir mes prothèses.

“ Alin a toujours voulu me prouver que je pouvais repeindre sans mains. À l’aide de velcro et d’une roulette de ruban adhésif, il attache un crayon autour du moignon. Je me surprends moi-même à dessiner une jolie fleur en griffonnant sur mon papier. Elle est si belle qu’Alin me convainc d’y ajouter de la couleur. Malgré le tiraillement sur ma peau fraîchement guérie, nous changeons les couleurs, une à la suite de l’autre, en décollant chaque fois le ruban adhésif. Le résultat en vaut grandement la peine. Mon œuvre devient beaucoup plus qu’un dessin, elle représente plutôt un symbole de renaissance. La vie est remplie de surprises! Les sentiments de fierté et d’espoir sont si merveilleux à vivre. ”

- Extrait de Quand l’Everest nous tombe sur la tête

C’est cette même fleur, qui quelques mois plus tard, se retrouvait le sujet de ma première toile peinte à l’aide de mes prothèses. Intitulée « Renaissance » cette oeuvre est pour moi un symbole fort de « mon retour ». Il m’est donc apparu évident qu’elle devait se retrouver sur un tee-shirt évoquant la résilience.

Chandail que vous pouvez déjà vous procurer sur le site internet de IZBAC.

C’est donc avec une grande fierté que je me joins à IZBAC avec qui je partage le même feu intérieur!

Le temps des pommes

Posté le 02/10/2017

Déjà le temps des pommes! J'ai tellement l'impression que l'automne est arrivé brusquement cette année... Pas juste parce qu'il faisait trop chaud et trop humide la veille, mais aussi parce que je n'ai pas vu l'été passer.

En fait, je crois que c'est surtout parce que je n'ai pas fait tout ce que j'aurais aimé faire pour profiter de ma saison préférée. En commençant par le vélo. Dans ma nouvelle vie, je me retrouve trop souvent dépendante de mon matériel pour exercer les seules activités estivales qui m’est possibles de faire. Ma pince droite qui applique les freins de mon vélo n’est plus sécuritaire. Elle ouvre de façon saccadée dans un grincement laborieux. Ça fonctionne pour peindre, mais pas quand un feu rouge se pointe sur ma route. Tant que je n’aurai pas décidé de m’en priver le temps de l’a faire réparer, j'ai remisé ma bicyclette.

Avant les amputations, on partait souvent à l'aventure pour découvrir un nouveau coin de la nature. Avec nos garçons, on pouvait décider sur un coup de tête de partir gravir une petite montagne, d'aller marcher en forêt ou simplement de pique-niquer sur un rivage enchanteur. 

Aujourd'hui, tout est compliqué. Tout n'est plus jamais spontané. Faut tout prévoir. Ça finit par limiter les possibilités. Bien sûr, pouvoir compter sur une fortune constamment renouvelée, ça changerait les perspectives... Mais puisque je ne vis pas dans une publicité de "gagnant à vie" de Loto-Québec, nous devons travailler plus fort pour toucher à nos rêves.

Et les semaines défilent, les enfants retournent à l'école et hop, déjà le temps des pommes! Faut avouer que malgré toute ma résilience et mon intense goût de vivre, je m’ennuie cruellement de cette époque où je pouvais sentir la pomme céder sous mes doigts… où je pouvais sentir sa texture lisse et l’empoigner dans ma main… où je pouvais marcher librement entre les rangées de pommiers... où je pouvais monter dans une échelle et grimper aux arbres (la photo ci-contre a été prise l'automne avant les amputations).

Mais même s’il m’est douloureux de ressentir ce manque, une chose est certaine, la pomme a toujours le même bon goût. Ce n’est pas la façon de la cueillir qui compte, mais plutôt comment on la savoure! Et la vie, j'ai décidé de la croquer à belle dent! J'ai tout de même beaucoup nagé cet été dans ma petite piscine. J'ai pratiquement assisté à tous les matchs de soccer de mes garçons. J'ai énormément créé, j'ai écrit et j'ai ri à volonté. J'ai aimé et j'ai été aimé. Alors tout compte fait, l'hiver peut bien arriver!

Une étape à la fois

Posté le 19/08/2017

J'aime relever le défi de peindre une commande personnalisée. C’est un autre chemin qui doit être emprunté afin de parvenir à satisfaire non seulement le futur propriétaire, mais aussi d’arriver à plaire à soi-même. On doit prendre en considération les attentes du client tout en les intégrant à son style habituel.Pour ces deux toiles qui allaient former un diptyque afin d’agrémenter le bureau du directeur général de la SPA Beauce Etchemins, j’avais évidemment la demande de mettre en valeur un chat et un chien. Des sujets que je n’avais pas encore exploités jusqu’à présent. J’ai dû un peu sortir de ma zone de confort pour y arriver.

Comme pour tous les défis, il n'y a qu’une seule façon d'y arriver et c’est de progresser une étape à la fois. On dit souvent que ça prend 10% de talent et 90% de travail et de persévérance pour arriver à atteindre nos objectifs, peu importe le domaine. Peindre n'y fait pas exception!

Je crois ne pas me tromper en affirmant que l'art peut se montrer thérapeutique à plusieurs égards. Tout de suite, l'on pense à l'art abstrait où l'on semble davantage pouvoir se laisser aller et lâcher ses émotions sur la toile.

Lorsque j'étais en réadaptation, la prothésiste qui devait m'attribuer un appareillage avait été au fait que j'étais une artiste peintre avant de perdre drastiquement mes deux mains. Elle avait été curieuse de voir mon site internet qui roulait toujours sur mes projets appartenant au passé (voir les photos dans la section archive). Sans le vouloir, elle avait un peu piqué mon orgueil en me demandant si je ne devrais pas dorénavant me mettre à peindre de l'art abstrait...

Bien que jadis j'avais expérimenté cet abandon total d'un sujet et que j'y avais trouvé un certain plaisir, ce n'est pas ce que j'eus envie de peindre une fois amputé. J'ai plutôt voulu me prouver que j'étais encore capable de m'épanouir avec mon art. Je ne peux expliquer l'intense émotion que j'ai ressentie en maniant les pinceaux avec l'intermédiaire d'une prothèse. Une chose est certaine, le résultat surpassa mes attentes. Cette première toile, que j'ai intitulée "Renaissance”, est exposée chez moi et me rappelle tous les jours ce fort sentiment de fierté. Encore aujourd'hui, je préfère verser dans un art figuratif qui représente tout de même les émotions vécues si thérapeutiques à extérioriser.

Rester féminine... malgré 4 amputations

Posté le 27/07/2007

Lorsque j’ai perdu mes bras et mes jambes en 2012, je me suis évidemment questionnée à savoir si j’allais oser me laisser prendre en photo. Je me souviens avoir hésité à me montrer tel que je suis pour le journal Le Nouvelliste qui avait écrit de très beaux articles sur notre histoire. À ce moment-là, je n’avais pas encore reçu mes prothèses et ça m’avait demandé un certain courage.

Mon amoureux qui me répétait combien il me trouvait toujours aussi belle, m’a insufflé toute la confiance qui me manquait. La photo a été prise et publiée en gros format. Beaucoup de gens l’ont vue et d’après les commentaires que j’ai reçus, ils ont retenu l’essentiel : mon beau sourire! 

Depuis, je porte fièrement mes quatre prothèses et j’ai choisi de les mettre en valeur plutôt que de les dissimuler. Sourire à la vie a fait en sorte que la vie m’a souri et j’ai la chance de cumuler les apparitions, autant en photo qu’à la télévision. Bien sûr, comme pour beaucoup de personnes, de petits détails me titillent... mais j’ai compris que c’est la joie de vivre que les autres remarquent et non mes prothèses ou mes moignons quand j’ose me laisser filmer... en train de nager!

Aujourd’hui même, je célèbre mon 40e anniversaire et quelle merveilleuse coïncidence que d’avoir été invité par Isa Photographie pour croquer quelques clichés! Ç’a été une super belle expérience, mise en beauté et séance photo dirigée de main de maître par Isabelle, mais toujours à l’écoute de mes goûts et de mes envies. J’ai adoré suivre ces indications et prendre la pose, malgré mes limitations! Même Alin, mon merveilleux conjoint, s’est laissé prendre au jeu et le résultat est juste magique!

Je ne regretterai jamais ce choix de ne pas me cacher et de m’affirmer, malgré ma différence!

Merci la vie! Merci, mon amour! Merci, Isa Photographie!